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CANNES CLASSICS – ENTRETIEN AVEC GERALD DUCHAUSSOY

  • odratclement1
  • 17 juin 2022
  • 7 min de lecture

C'est au 4ème étage du Palais des Festivals que je rejoins l'équipe de Cannes Classics et notamment son responsable Gérald Duchaussoy qui m'a accordé une petite interview.


Pouvez vous m'expliquer en quoi consiste votre travail ?


Le travail de Cannes Classics, c'est de présenter des nouvelles restaurations en avant-première mondiale et en exclusivité, des restaurations de films de patrimoines, des films anciens qui ont été restaurés, des documentaires sur le cinéma. Nous travaillons aussi sur des hommages, les master classes, le cinéma de la plage et tout type d’événements qui peuvent être liés au Festival de Cannes, du type montée des marches, photocall, billetteries, agencement des salles, placements d'équipes... C'est beaucoup plus technique avec ce qui concerne les copies, le sous titrage, le double sous titrage. Tout cela fait partie d'un travail beaucoup plus technique que la sélection en elle même qui est une question de thématiques, d'équilibre, de respect de l'international, d'ancrer la sélection dans l'esprit du Festival de Cannes.

Il y a de nombreux paramètres qui sont pris en compte et pour en revenir aux bases du travail, ça commence par la réception de films du patrimoine et de documentaires qui viennent d'un peu partout dans le monde, des nouvelles restaurations et des documentaires sur le cinéma qui sont en cours de production. Généralement on reçoit des bouts à bouts et pour les restaurations on reçoit des copies non restaurées. Puis à partir de là, on demande des extraits de restaurations des films. On travaille avec de nombreuses entités, on travaille avec des dialoguistes qui possèdent les droits des films, les fonds restaurés, on travaille avec des fondations, on travaille avec des cinémathèques, des archives, des institutions. On travaille aussi parfois avec des ayants-droits, parfois des sociétés de production directement. Donc il y a de nombreux interlocuteurs en contact et on travaille avec tout type d’entités pour faire que les films puissent être sélectionnés au Festival de Cannes. Le but c'est alors de créer un événement.

Par exemple cette année on a un documentaire de Fatou Cissé qui parle de son père, on a Ethan Hawke qui a présenté son documentaire The Last Movie Star, on a Chantons Sous La Pluie en séance spéciale qui est présenté par la dernière femme de Gene Kelly...

Voilà à chaque fois, l'idée c'est d'avoir les plus belles restaurations, des documentaires qui font événements et que ces films soient présentés par des artistes dans la mesure du possible ou par des restaurateurs, des directeurs de cinémathèques, des producteurs... Enfin tous types de professionnels et bien évidemment d'artistes qui viennent dans le cadre du festival.


Pour la plage, c'est un peu la même chose c’est-à-dire qu'on essaie de construire des événements qui soient présentés aussi par des artistes ou des professionnels et on essaie de densifier cette programmation pour qu'elle soit active, festive et qu'elle s'inscrive dans une optique un peu spectacle. On essaie à chaque fois d'avoir des programmations qui soient vivantes, que ce soit dans le cadre de Cannes Classics dans l'enceinte du palais ou sur la plage. Donc voilà l'idée c'est vraiment de créer l’événement à chaque fois et d'être dans cet ADN du Festival de Cannes.


La sélection existe depuis 2004 et moi je travaille sur cette sélection depuis 2014 aux côtés de Thierry Frémaux. Auparavant il y avait des rétrospectives qui étaient projetées à l'extérieur du palais au Théâtre de La Licorne par exemple, des films documentaires qui étaient projetés dans différentes sections. A partir de 2004 Thierry Frémaux a structuré cette section pour qu'elle soit celle des copies neuves car avant on était en 35mm, puis au fur et à mesure des années on est allé vers le numérique et le but n'était plus de présenter des copies neuves ou des nouvelles restaurations photochimiques mais de pouvoir présenter des nouvelles restaurations numériques puisque ça allait avec l'évolution du cinéma de patrimoine.


Vous me parlez de 35mm, c'est marrant ce que vous me dites ! En 2018 je me souviens que 2001 L’Odyssée De L'espace de Stanley Kubric était présenté par Christopher Nolan, la fille et le beau frère de Stanley Kubric et par le comédien du film. La copie était en 70mm, comment avez-vous organisé la mise en place de la salle Debussy pour faire rentrer un projecteur 70mm ? Et comment cette projection a pu se faire en partenariat avec Cannes Classics ?


C'était un événement Cannes Classics et un projecteur 70mm a été loué, il a été nettoyé, entretenu, vérifié par la CST (Commission supérieure technique). On travaille avec la CST, ils sont nos référents pour tout ce qui concerne les projections et ensuite il y a des nouvelles enceintes qui ont été installées à l'intérieur de la salle Debussy pour cette projection sur 6 pistes audios. A partir de là, il y avait cette copie neuve qui effectivement a permis de projeter le film grâce à l'aide de la société Warner Bros, cette grande maison de cinéma américaine. On a travaillé avec eux pour la mise en place de la projection 70mm et dans la foulée il y a eu une sortie dans les salles de cinéma un peu partout en France et dans le monde avec une copie 4K restaurée qui elle-même a mené au Bluray.


Tout à l'heure vous m'avez parlé que Cannes Classics travaillait avec les sociétés pour la restauration. Est-ce-que Cannes Classics a une vision du travail qui est fait sur les films et leur restauration ?


En fait nous n'avons pas d’exigence particulière et on ne demande pas un cahier des charges, en revanche il y a un certain respect de l’œuvre et une volonté de montrer les plus belles restaurations possibles. C'est vrai que tous les ans, on est estomaqué par la qualité de certaines restaurations qu'on a envie de mettre en avant et en général qui font corps avec l'esprit du film. Par exemple cette année on avait le film de Glauber Rocha Deus e o diablo na Terra do Sol, un film brésilien de 1964. On aime beaucoup ce film, il était en compétition au festival en 1964 et la restauration était magnifique. On a ouvert ce festival avec La Maman Et La Putain de Jean Eustache et cette séance était un événement, c'était une séance Cannes Classics mais un peu spéciale car c'était le jour de l'ouverture, le film était projeté dans la salle Debussy en présence de Françoise Lebrun et Jean-Pierre Léaud qui nous ont fait l'honneur de venir. L'idée était de pouvoir montrer la plus belle restauration pour ce film qui était en 16mm et le son est superbe car ils sont revenus à une copie très peu abîmée car peu de copies avaient été tirées du film donc le négatif était en parfait état. C'est vrai qu'en général ce qu'on aime bien, c'est avoir des restaurations qui sont assez proches de l'esprit d'origine mais en fait on a aussi la chance de voir que les laboratoires vont de plus en plus vers la demande du négatif caméra, ce qui permet de se rapprocher le plus possible de la vision du réalisateur, du chef opérateur, de l'équipe technique en général, de la direction artistique. Donc on bénéficie de restaurations qui sont la plupart du temps excellentes.

Certaines sont un peu moins bonnes parce que le matériau d'origine n'est pas celui qui était escompté mais en tout cas il y a une grande attention qui est apportée de notre part envers les restaurations. On n'a pas un cahier des charges mais le but c'est vraiment de montrer de très belles restaurations. Par exemple la projection du film de Bertrand Blier Si J'étais un espion était magnifique. Les maisons françaises, américaines font un travail incroyable. Quand vous avez MGM, PATHE, GAUMONT, STUDIO CANAL... qui s'adressent à vous, honnêtement une institution comme la notre porte une attention à ces restaurations et on essaie de faire que celles que nous considérons les plus belles soient diffusées.


Je crois que vous avez travaillé pour MIDNIGHT OF MADNESS qui est une institution de films de genre. Peut-on penser que d'ici quelques années, Cannes Classics pourrait présenter un ou deux films de genre dans sa sélection ?


Le but en priorité c'est de montrer des films qui ont fait l'histoire du cinéma, qui sont des découvertes, des redécouvertes. Le cinéma de genre peut être montré à Cannes Classics quand on montre Mario Bava avec La planète des vampires, c'est vrai qu'on arrive à faire une séance spéciale parce que Mario Bava a atteint un autre niveau à l'heure actuelle, le but aussi c'est de faire remonter certains réalisateurs comme on a pu le faire avec Arabal. Cannes donne toujours des coups de pouce grâce à cette sélection. Après il y a des demandes, des institutions qui présentent les films, puis après les soutiennent et font des démarches pour que les films soient projetés un peu partout.

Pour le cinéma de genre ce qui est assez difficile aussi, c'est de se situer par rapport aux attentes du public : le public qui vient à Cannes n'attend pas forcément du cinéma de genre. Même si on sait que les plus jeunes attendent beaucoup cela, est-ce-que le Festival de Cannes, les plus jeunes et le public qui vient à Cannes Classics attend du cinéma de genre, je ne sais pas... C'est toujours assez difficile. On nous en propose assez peu et est-on vraiment le bon endroit pour montrer cela, je ne suis pas sûr que ce soit véritablement notre place. A certains moment on peut être l'endroit idéal pour en montrer mais pas systématiquement non plus. Je ne pense pas qu'il faut transformer Cannes Classics en cinéma de genre.


CANNES CLASSICS en 1 mot, 1 objet et 1 couleur ?


En 1 mot ce serait EMOTIONS.


En 1 objet ce serait un DISQUE C-R-U parce que c'est là où est contenu le film. Il y a 10 ans je vous aurait dit une bobine...


Et en 1 couleur, le NOIR parce que l'on est dans la salle de cinéma.


Qui est pour vous Gerald Duchaussoy ?


(Rires)


C'est une question que je ne me pose pas souvent... c'est marrant comme question !

Gérald Duchaussoy, c'est un jeune qui aimait le cinéma et la musique et qui est très content de pouvoir faire qu'aujourd'hui, de nombreux jeunes qui ont eu son âge aient la possibilité de venir au Festival de Cannes et profiter de séances de cinéma qui soient présentées par des grands artistes dans une atmosphère détendue, sympathique, agréable, festive, dynamique et énergisante pour profiter véritablement de ce que peut apporter le cinéma et de l'impact que les films pourront avoir sur leur vie et la façon dont ça les construira.

J'espère véritablement que c'est ça, si un jour je dois mourir, sur mon lit de mort j'aimerais que ce soit ça qui reste. J'ai pas envie particulièrement de léguer quoi que ce soit, je ne suis pas du tout matérialiste et ça ne m’intéresse pas. Mais en tout cas au niveau des sentiments et du ressenti, si ça a pu permettre à des gens d'avoir des émotions, qu'ils aient pu être émus par une présentation et qu'à certains moments, leur vie ait pu être un peu modifiée par les films qu'on a montrés, nous en tant qu'organisateurs d’événements comme le festival, ça fait partie des choses qui resteront véritablement importantes pour moi.

 
 
 

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