top of page
Rechercher

ENTRETIEN AVEC ARNAUD MALHERBE Réalisateur du film OGRE

  • odratclement1
  • 15 mai 2022
  • 7 min de lecture



Pourquoi ce titre OGRE et pourquoi ce sujet ?


Ce titre car je voulais imprimer le film dans quelque chose qui soit clairement du registre fantastique même si à différents égards, le film joue un peu avec le code, ce n'est pas non plus un pur film de peur ni un pur film de monstres. Il est un peu ambivalent mais je voulais afficher clairement l'ambiance. Pourquoi l’Ogre, c'est aussi car j'avais envie de parler d'une créature qui n'est pas tellement traitée en vrai à la fois dans la littérature et dans le cinéma fantastique, au contraire du vampire ou du zombie qui sont des figures extrêmement récurrentes. C'était important pour moi de faire un film français, ça se passe dans une géographie française avec une ambiance, une atmosphère qui est vraiment celle de nos campagnes et par ailleurs c'était bien que la créature soit « française » dans la mesure où c'est vraiment une créature de contes français et italiens vraiment à l'origine. C'était pour moi assez cohérent et le titre je l'avais depuis longtemps car c'était un titre de travail et on a cherché d'autres titres pendant des mois et des mois et puis en fait on s'est dit « il est très bien celui-là » donc on l'a gardé.


Y-a-t-il un rapport avec Freud sur ce titre OGRE ?

A partir du moment où on est dans la dévoration, il y a quelque chose forcément dans le rapport à la mère. Il y a forcément toujours des choses, après chacun les interprète comme il veut, soit dans le registre symbolique religieux ou dans le registre magique ou dans le registre psychanalytique mais j'ai l’impression que c'est des mots différents pour dire les mêmes choses, pour dire les peurs, une peur de proie, une peur de disparaître, une peur de disparaître aux yeux de sa mère, une peur d'être violenté par quelqu'un de dur... Donc ceux qui veulent y voir Freud, ils y verront vraiment Freud.

Vous avez travaillé sur des scénarios de séries (MOLOCH & Chefs...). Avez-vous vu une différence entre la télévision et le cinéma dans l'écriture de scénario ?

Par nature il y a une différence dans le sens où en série on a une latitude et une étendue, c'est presque physique c'est à dire qu'on va avoir 10 X 52 minutes ou 8 X 52 minutes pour raconter quelque chose et donc on peut déployer des histoires multiples, des points de vues différents, des personnages, on peut creuser plus des personnages, c'est un voyage qui est plus long et qui est plus riche potentiellement. Je ne fais pas d'échelle de valeur entre les deux. En vrai tout cela pour moi c'est des films donc on met la même attention à l'écriture, à la direction artistique, à la mise en scène, il n'y a aucun degré « ah c'est de la télé donc on va faire plus ci ou ça » ou alors « l'image c'est moins important » ou « la mise en scène c'est moins important » parce que ce serait de la télé et que la télé ce serait uniquement des scénarios filmés. Il y en a qui pensent ça, moi je suis en total désaccord avec ça et aussi par goût personnel d'ailleurs, pas besoin d'argumenter c'est juste qu'on fait des films.




Comment avez-vous choisi et dirigé vos comédiens et notamment Giovanni ?


Le choix des comédiens, on en a beaucoup discuté avec le producteur et le nom de Ana Girardot est sorti assez vite. Le producteur m'a fait voit tous ses films car je ne les avais pas tous vus. Je savais que c'était une bonne comédienne mais je n'avais pas suivi tout ce qu'elle avait fait, là j'ai quasiment vu tous ses films et je trouvais qu'elle était absolument bluffante, c'est à dire qu'à la fois elle apporte une réalité, une sorte de naturalisme et en même temps elle rapporte du cinéma parce qu'elle imprime vraiment l'écran et elle a une silhouette, elle a du chic. Donc voilà j'ai vraiment eu un coup de cœur pour cette comédienne.

Et pour Giovanni, on a fait un casting d'enfants, on a du voir une centaine d'enfants et lui m'est apparu extrêmement profond, intéressant, en même temps espiègle, cela ne se voit pas trop dans le film parce que je l'ai contenu un peu, parce que c'est un enfant qui a des fêlures, des blessures, qui se protège et qui reste assez froid à l'extérieur. Il fallait aussi un enfant qui soit capable de tenir cette épopée là c’est-à-dire d’être quasiment pas de tous les plans mais en tout cas de tous les jours de tournage. Sur 7 semaines de tournage c'est extrêmement difficile, il y a très très peu d'enfants qui auraient pu faire ce qu'il a fait là et c'était une grande aventure pour lui aussi parce qu'il avait en même temps peur et il s'interrogeait sur l'histoire, ça le renvoyait à des choses à lui, enfin bon, le classique des histoires qui font grandir.

Votre but par rapport au handicap de Jules était-il de faire vivre le film au spectateur au rythme des ON / OFF de son appareil auditif ?

Oui bien sûr c’est-à-dire que pour moi c'était très clair dès l’écriture, je voulais qu'il y ait une importance apportée au son qui à la fois nourrit des ambiances, des atmosphères et qui en même temps raconte quelque chose. Ce qu'il entend de l'ogre ou du monde extérieur peut être filtré donc c'est sa perception à lui et c'est aussi une façon je pense de mettre le spectateur dans les chaussures ou dans la tête du petit disons et de faire ressentir les choses comme le petit. Et je trouve souvent qu'au cinéma on se prive d'utiliser le son alors que c'est quelque chose de capital. J'avais été vachement marqué par une scène dans Un Prophète de Jacques Audiard (il y a un braquage et Tahar Rahim est dans une voiture), la scène est hyper bien filmée, ça marche hyper bien mais le truc qui est le plus fou c'est que pendant toute la scène à cause des coups de feu, le héros a un acouphène donc il a une espèce de bruit strident qui dure toute la scène et c'est ça qui terrifie dans la scène et qui la rend hyper singulière et j'avais été très marqué par ça mais il y a d'autres exemples. Du coup pour moi dans le film, c'était hyper important que ce soit omniprésent ce travail sur le son et on s'est bien amusés. Mais on ne s'est pas que amusés parce qu'on a beaucoup cherché les qualités de son, à quoi ça ressemblait un ogre qui mâche, à quoi ça ressemblait sa présence et comment on filtre à travers l'appareil auditif du petit et en même temps on se rend compte que, quand on dit que c'est du silence et qu'il n'y a plus de son, en fait ce n'est pas vrai, il n'y a jamais rien, il y a toujours quelque chose donc il fallait trouver tous ces équilibres là, c'était vraiment passionnant.



Affiche utilisée au Festival du cinéma américain de Deauville

L'affiche du film a t-elle une signification particulière ?

C'est mon premier long métrage mais des affiches j'en ai déjà fait pour des séries, c'est plus « vendeur » de mettre les personnages à l'image, de ne pas faire quelque chose de trop conceptuel. Et en même temps, les propositions de l'agence et du distributeur The Jokers Films étaient intéressantes parce qu'il y avait justement cette présence fantomatique derrière de l'ogre, à travers les arbres, qu'on voit ou qu'on voit pas, on ne sait plus trop. Et dans l'autre version de l'affiche, celle de pré annonce du film (celle utilisée au festival de Deauville) qui est magnifique aussi où là c'est carrément les arbres qui font des dents. La signification, je pense que ce sont des codes, c’est-à-dire OK qu'est ce que c'est, ce sont des gens qui sont inquiets dans la forêt où il y a un monstre. Donc on est sur des codes assez clairs pour le spectateur il me semble.

Qui est Arnaud Malherbe pour vous ?

Qui je suis pour moi ? Alors ça, je n'en sais rien du tout... J'en sais rien... Je ne me pose pas cette question en fait parce que je n'ai pas de problème avec moi même, de grands affres et tout parce que en fait je suis quand même dans l'action et dans la création et quand on est là dedans, on est habité par quelque chose. Alors parfois c'est dur car on a des coups de moral, quand on fait des choses et qu'il y a des gens qui trouvent que ça ne va pas, ça ne devrait pas nous embêter en vrai mais ça nous embête toujours un peu... et donc tout n'est pas non plus toujours très simple mais je crois que l'on est tellement habité par ce que l'on fait que l'on est toujours dans un truc un peu imaginaire et que quand il y en a un qui se termine on a besoin d'en faire naître un autre. Donc en fait ça c'est quelque chose qui est assez enthousiasmant, ça nous remplit vachement. Donc à partir de là je n'ai pas besoin d'aller m'allonger pour me demander qui je suis et ou je vais.

Quels sont vos projets ?


Alors là, je suis en train de finir d'écrire avec ma compagne Marion (avec qui j'avais fait CHEFS et MOLOCH), une série fantastique dystopique qui s'appelle Rictus qui sera jouée par Fred Testot. L'histoire parle d'un homme qui vit dans un monde où le rire est interdit. Alors évidemment c'est une comédie donc ça ce sera pour OCS et je tourne en Octobre. Et puis par ailleurs je développe un long métrage, qui sera un long métrage d'aventure qui s'appelle HUSSARDS.



OGRE

Un film de Arnaud Malherbe

Avec Ana Girardot Giovanni Pucci Samuel Jouy

Sortie le 20 Avril 2022 en France

Une production The Jokers Films / Les Bookmakers




 
 
 

Commentaires


Post: Blog2_Post
  • LinkedIn
  • Instagram

© 2022 par Clément parle de ciné. Créé avec Wix.com

bottom of page