LES DRAPEAUX DE PAPIER DE NATHAN AMBROSIONI
- odratclement1
- 3 mai 2022
- 5 min de lecture

Avec la sortie de son film Les Drapeaux de Papier le 13 février 2019, beaucoup de spectateurs découvrent Nathan Ambrosioni, jeune réalisateur très prometteur originaire du Sud de la France… Il a pourtant d'autres films courts et longs métrages à son actif…
Entre 2015 et 2018, Nathan n’a pas ‘’chômé’’ et beaucoup de productions horrifiques, touchantes et réfléchies sont sorties. Tout d’abord Hostile, puis Therapy dans le contexte de l’horreur au niveau long métrage.
J'étais à la projection de son second long métrage THERAPY à la MJC PICAUD de Cannes en Janvier 2016. Ce long métrage retrace une enquête de police sur une série de meurtres qui se sont passés dans une bâtisse abandonnée.
J'ai été été étonnés de la façon dont il a réussi à jouer avec nos sens et nos émotions grâce à une alternance entre horreur et retour sur enquête, le tout dans une atmosphère ténébreuse et violente. Face à une telle maîtrise, nous nous sommes dit que ce jeune réalisateur irait loin… Après ce film, ma curiosité bien aiguisée m'a poussés à en savoir plus sur ce que Nathan avait réalisé. Je suis donc tombé sur les bandes annonces de son premier film, HOSTILE (2015), qui a été dans de nombreux festivals prestigieux notamment à Cannes au marché du film.
Et je suis tombé sur ce court métrage ‘’clip’’ réalisé dans le cadre de son TPE pour le baccalauréat. Malgré son ‘’silence’’ sonore, le noir et blanc et d'autres choix techniques, ce court métrage de Nathan est très parlant et dénonciateur d'un mal chronique et extrêmement grave qui gâche la scolarité de nombreux élèves de tout âge sans que les institutions ne parviennent à l'enrayer… Digne d'un spot de prévention à la télévision car la lutte contre le harcèlement scolaire passe obligatoirement par les médias !
Selon moi, ce court métrage est annonciateur du personnage de Charlie du film Les Drapeaux De Papier. Dans l’isolement de ce personnage principal, sa sensibilité, ses émotions… Mais aussi une certaine ressemblance de jeu entre Luna Miti et Noémie Merlant. Un jeu simple et fort tout en émotion et en réflexion.

Les Drapeaux De Papier
L’Histoire
Vincent sort de prison après avoir purgé une longue peine de 12 ans presque sans aucun parloir… Sans aide ni encadrement à sa sortie, Il décide d’aller retrouver sa sœur Charlie qui lui a manqué dans cet ‘’enfermement’’ inhumain. Il ne voit que cette ‘’solution''... Il hésite car c'est dur de réapparaître ainsi, la prison lui a tout pris… Charlie vit dans le sud de la France dans une maison austère au confort très spartiate, elle se rêve artiste car elle a un bon coup de crayon mais elle peine à vivre et doit travailler comme caissière dans un supermarché. Charlie, méfiante, va essayer de réapprendre à vivre à Vincent. Mais dans cette nouvelle vie en construction Vincent va aussi donner du sens à la vie de Charlie.
C’est l'histoire d'une famille dont les liens sont rompus comme cela arrive parfois, souvent même, après une ‘’erreur de la vie’’ punie par la prison…
C'est une rupture complète, une famille éclatée et un combat que doit mener Vincent pour reconquérir les siens : c'est une deuxième peine à purger après l’incarcération et ses traumatismes qui lui collent toujours au corps physique et au psychisme : les bruits, les peurs, la violence, la perte d’identité… C'est le fil de la vie qui s'est arrêté un jour J... Et cette vie ne reprend pas là où on l'a quittée quand on sort... À l’extérieur le monde change vite, très vite mais en prison… D’ailleurs Vincent en ressort avec son Nokia 3310... Le temps a passé… Tout réapprendre… Se reconstruire jour après jour…

Ce film est un constat alarmant du manque d’encadrement et de soutien à la réinsertion lors de la sortie de prison. C'est aussi une réflexion sur le regard porté par les proches sur ‘’le statut’’ d'ancien prisonnier, les reproches, la honte, le désaveu, le sentiment d’échec au niveau éducatif, tout ce poids, cette rancœur quand on est parent… C'est enfin les difficultés pour tout, comme si dans la vie tout était un obstacle : la honte d'avoir été taulard, la honte de l’avouer à un employeur, à une rencontre amoureuse, aux amis de Charlie, aux collègues de travail…
Voilà le constat de Nathan…
Et voilà la colonne vertébrale du film : la reconstruction de Vincent pas à pas… Nathan n’a pas cherché à faire long, il va directement au but précis du film, les limites et les difficultés de la solidarité familiale. Un sujet très lourd et important qui ne s’égare jamais dans le piège du pathos.
Simone Signoret exprimait l’idée ‘’qu’un acteur a parfois besoin d’être inventé par les autres’’ Ici Nathan offre à ces deux comédiens principaux (Guillaume Gouix et Noémie Merlant), leurs meilleurs rôles, grâce à des séquences riches en émotion et bouleversantes pour le spectateur. Nous sentons qu’entre Nathan, Noémie et Guillaume une vraie alchimie s’est créée. Par les prismes et les couleurs de l’image nous avons l’impression d’assister à des tableaux impressionnistes qui prennent vie. Car la couleur revient dans la vie de Vincent au fur et à mesure quand il reprend sa vie en main. Nous avons souvent des flous, des atmosphères assez rouges ou de fortes clartés. Pour montrer le combat de Vincent face la société ? Pour montrer la difficulté de reprendre une vie ‘’normale’’ ?
Nous avons le plaisir de voir grandir ce trio, Nathan avec sa caméra, Guillaume et Noémie dans leurs émotions et leur jeu qui fait vrai. On retrouve une maturité dans les placements de caméras, les lumières et les couleurs.
La passion qu’a Nathan pour ces acteurs, pour ces couleurs on arrive à la ressentir tout au long du film par des plans légers et forts sur des petits détails de la vie courante (les mains, les yeux…) ce qui apporte au film un côté doux et tendre par rapport à la violence de son sujet. On dit que les yeux son reflet de l’âme. Ici les gros plans sont le reflet d’un espoir. Nous sentons que le réalisateur aime les portraits, et qu’il voulait que le spectateur trouve dans ces plans des failles, des réflexions, de la violence, pour qu’il prenne conscience de l’importance du sujet traité. Les dialogues, laissent souvent places aux gros plans et aux silences et on se plonge dans la profondeur des regards. Ici, les personnages sont humains, avec leurs tendresse, leurs faiblesses, leurs beauté, leur amour fraternel. Tout cela transparait et fait plaisir à voir.
Beaucoup de journalistes expriment l’idée que Nathan Ambrosioni est ‘’ Le Xavier Dolan français’’, c’est très flatteur, mais très facile car bien que Xavier Dolan soit l’un des modèles de Nathan, cela n’est absolument pas un argument valable. De mon côté je préfère dire que nous avons assisté à la naissance d’un réalisateur réaliste, ambitieux, réfléchi qui a énormément de choses à apporter et à dire au cinéma français. On le ressent bien, il y a un amour pour les comédiens, pour les portraits, pour les couleurs qui ressort. Mais il y a aussi un amour de la mise en scène, du cinéma et des détails. Il y a aussi un message cinématographique, puissant réfléchi et important sur la condition des ex condamnés.
Avec ce premier long métrage, Nathan Ambrosioni a réussi à créer une histoire sensible, sincère avec des intentions non cachées, celles de nous faire comprendre que notre société à de gros problèmes, et qu’un jour il faudra s’y concentrer…

LES DRAPEAUX DE PAPIER
Un film de Nathan Ambrosioni
Avec Noémie Merlan / Guillaume Gouix / Alysson Paradis
Le film est sorti le 13 Février 2019 distribué par Sensito Films



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